TRADITIONS

La Provence

En Provence, la crèche n’est pas un objet posé dans le salon : c’est le centre d’un mois entier de gestes datés. Du blé semé le 4 décembre à la crèche démontée le 2 février, chaque étape a son nom, et la plupart tiennent encore.

Le calendrier, du 4 décembre au 2 février

Ce qui distingue la Provence, ce n’est pas la crèche elle-même — on en fait partout — mais le fait qu’elle soit prise dans une séquence.

Date Ce qui se passe
4 décembre Sainte-Barbe : on sème le blé dans trois coupelles.
Début de l’Avent Installation du décor et du village. L’étable reste vide.
24 décembre, soir Le gros souper, maigre, suivi des treize desserts. Puis la messe de minuit, parfois précédée du pastrage.
Nuit du 24 L’Enfant est couché dans la mangeoire.
25 déc. – 6 janvier Les Rois mages traversent la crèche.
2 février Chandeleur : on démonte, et l’on fait des crêpes ou, à Marseille, des navettes.

Le détail générique est dans quand installer la crèche ; ce qui suit est ce qui est propre à la Provence.

Le blé de la Sainte-Barbe

Le 4 décembre, on sème du blé — ou des lentilles — dans trois coupelles garnies de coton humide. Trois, traditionnellement, pour la Trinité. On les garde au chaud et à la lumière, et le 24 les pousses font une dizaine de centimètres. Elles rejoignent la crèche, souvent nouées d’un ruban rouge, et servent aussi à décorer la table du gros souper.

Le dicton fait de la pousse un présage : « Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn » — quand le blé vient bien, tout vient bien. Une pousse droite et verte annonce une bonne année ; une pousse jaune et couchée, l’inverse. Ce qui, en pratique, dépend surtout de la lumière reçue. La méthode est dans la végétation de la crèche.

Le gros souper

Le repas du 24 au soir, avant la messe de minuit. Son nom est trompeur : il est maigre — sans viande — parce qu’il précède encore la fête. « Gros » désigne l’abondance des plats, pas leur richesse.

La mise en table est codifiée : trois nappes blanches superposées, trois chandeliers, et les trois coupelles de blé. Le trois revient partout. Un couvert supplémentaire, dit « le couvert du pauvre », est mis pour l’hôte de passage.

Les plats varient selon les familles et les localités — poisson, légumes d’hiver, cardes, choux-fleurs, escargots dans certaines maisons. Il n’existe pas de menu unique, et se méfier des listes présentées comme officielles est un bon réflexe.

Les treize desserts

Servis après le gros souper, et laissés sur la table jusqu’au 27 décembre selon l’usage. Treize, comme le Christ et les douze apôtres.

Le socle le plus constant :

  • Les quatre mendiants — noix ou noisettes, figues sèches, amandes, raisins secs. Leurs couleurs rappellent les robes de quatre ordres religieux mendiants.
  • La pompe à huile — une fougasse à l’huile d’olive et à la fleur d’oranger, qu’on rompt à la main et ne coupe pas au couteau.
  • Le nougat blanc et le nougat noir.
  • Des fruits frais — raisin conservé, poires, pommes, oranges, melon d’hiver selon les régions.
  • Des dattes.

Le reste se complète librement : fruits confits, calissons, oreillettes, pâte de coing. Les listes diffèrent d’un village à l’autre, et c’est normal — la codification en treize items précis est plus récente que la coutume elle-même.

Santon de tambourinaire provençal, galoubet et tambourin, personnage central des pastorales
Photo : Pernmith — Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Le pastrage et la pastorale

Deux traditions vivantes qui touchent directement la crèche.

Le pastrage est la cérémonie de l’offrande de l’agneau, pendant la messe de la nuit de Noël. Des bergers en costume amènent un agneau, souvent porté sur une charrette fleurie tirée par un bélier, au son du galoubet et du tambourin. Il est encore pratiqué dans plusieurs villages, notamment aux Baux-de-Provence.

La pastorale est le théâtre populaire en provençal qui raconte la marche des villageois vers l’étable. La Pastorale Maurel, écrite à Marseille en 1844 par Antoine Maurel, est la plus jouée ; elle se donne encore chaque hiver dans de nombreuses salles. C’est d’elle que viennent la plupart des personnages de la crèche provençale. La page dédiée.

Les foires aux santons

La foire aux santons de Marseille est attestée depuis 1803 et ne s’est jamais interrompue. Elle se tient traditionnellement de fin novembre à fin décembre. Il en existe dans de nombreuses autres villes et villages de Provence, ainsi qu’à Aubagne, où la concentration d’ateliers de santonniers est particulièrement forte.

Les dates et les emplacements changent d’une année sur l’autre : vérifiez auprès des offices de tourisme ou des ateliers plutôt que de vous fier à une liste figée. Ce qu’on y gagne par rapport à un achat en boutique est décrit dans acheter des santons.

La langue

Une part du vocabulaire de la crèche est du provençal, et le savoir aide à comprendre ce qu’on manipule :

  • Santoun — « petit saint ». D’où santon.
  • Lou ravi — le ravi, celui qui s’émerveille.
  • Lou boumian — le bohémien.
  • Cacho-fiò — la bûche de Noël rituelle, portée par le plus jeune et le plus âgé de la maison et bénie avant le gros souper.
  • Calèna ou Calendo — Noël.

Les autres termes du site sont réunis dans le glossaire.

Ces usages varient d’une famille et d’un village à l’autre, et beaucoup de « règles » qu’on lit ailleurs sont des fixations récentes de coutumes souples. Si vous les pratiquez autrement chez vous, dites-le-nous : c’est ce qui manque le plus à cette page.