SYMBOLIQUE
Les Rois mages
Le texte ne dit ni qu’ils sont rois, ni qu’ils sont trois, ni comment ils s’appellent. Presque tout ce que nous croyons savoir d’eux vient de la tradition postérieure — ce qui ne les rend pas moins intéressants, mais explique pourquoi ils varient tant d’un pays à l’autre.
Ce que dit le texte
Ils apparaissent dans le seul Évangile de Matthieu, en quelques versets. Le texte dit : des mages venus d’Orient, qui ont vu son astre, qui interrogent Hérode à Jérusalem, qui trouvent l’enfant, se prosternent et offrent trois présents — de l’or, de l’encens et de la myrrhe — puis repartent par un autre chemin.
C’est tout. Le mot grec employé, magoi, désigne des savants, des astrologues, des prêtres de tradition perse — pas des rois. Et le texte ne les compte pas.
Détail qui surprend souvent : chez Matthieu, les mages arrivent dans une maison, pas dans une étable, et l’enfant y est appelé paidion, un petit enfant, ce qui a fait supposer un délai de plusieurs mois voire d’un an ou deux après la naissance. La crèche les réunit avec les bergers pour des raisons d’image, pas de chronologie.
Pourquoi trois
Par déduction : trois présents, donc trois donateurs. Le raisonnement est ancien et il s’est imposé en Occident.
Ce n’est pas universel. Les traditions orientales en comptent parfois douze, et l’iconographie ancienne en montre deux, trois ou quatre selon les cas. Le trois occidental est une convention solide, pas une donnée.
Pourquoi rois
La lecture royale vient du rapprochement avec des textes de l’Ancien Testament — notamment un psaume évoquant des rois apportant des présents et un passage d’Isaïe mentionnant l’or et l’encens. Ce rapprochement, fait très tôt, a transformé des savants en souverains.
Cela explique aussi les couronnes, les manteaux et le cortège : une fois qu’ils sont rois, l’iconographie leur donne un train de rois.
Les noms
Melchior, Gaspard et Balthazar se fixent progressivement dans la tradition latine médiévale. On les trouve attestés dans des sources du haut Moyen Âge, et ils se généralisent ensuite.
La tradition leur attribue habituellement :
- trois âges — un vieillard, un homme mûr, un jeune homme ;
- trois origines, comprises comme les trois parties du monde connu — Europe, Asie, Afrique ;
- et donc trois apparences, dont la représentation de Balthazar comme roi africain, qui se diffuse largement à partir de la fin du Moyen Âge.
L’intention est claire : les mages représentent l’humanité entière venant reconnaître l’événement, par opposition aux bergers, qui représentent les plus proches et les plus humbles. Les deux groupes ne se doublent pas, ils se complètent.
Les attributions varient selon les sources — quel nom pour quel âge, quel présent pour quel roi — et il n’y a pas de version qui fasse autorité partout. Si votre gamme de santons attribue les cadeaux autrement que ce que vous avez lu ailleurs, ce n’est pas une erreur.
Or, encens, myrrhe
La lecture symbolique la plus répandue, ancienne et largement transmise :
| Présent | Ce que c’est | Lecture traditionnelle |
|---|---|---|
| L’or | Métal précieux, présent de souverain | La royauté |
| L’encens | Résine aromatique brûlée dans le culte | La divinité |
| La myrrhe | Résine amère, utilisée notamment pour les onctions funéraires | L’humanité et la mort à venir |
Les trois étaient par ailleurs, très concrètement, des marchandises de grande valeur venues du sud de l’Arabie et de la corne de l’Afrique. Le geste est donc à la fois symbolique et somptuaire.

L’Épiphanie
Le mot vient du grec epiphaneia : la manifestation, l’apparition. La fête célèbre la manifestation aux nations — c’est-à-dire, précisément, la visite des mages.
Elle est fixée au 6 janvier, douze jours après Noël. Dans plusieurs pays, elle est célébrée le dimanche qui suit le 1er janvier plutôt qu’à date fixe.
Son poids varie énormément selon les pays, et c’est la principale chose à savoir si l’on voyage :
- En Espagne et dans une grande partie de l’Amérique latine, ce sont les Rois qui apportent les cadeaux. C’est la grande fête des enfants, avec la cabalgata la veille au soir.
- En France, en Belgique et en Suisse romande, on partage la galette des Rois avec une fève ; en Suisse alémanique, une couronne briochée ; en Espagne et en Amérique latine, le roscón ou la rosca de Reyes.
- Dans plusieurs pays germanophones, des enfants costumés en Rois — les Sternsinger — passent de maison en maison pour une collecte, et inscrivent à la craie une bénédiction au-dessus des portes.
Dans la crèche
La conséquence pratique de tout ce qui précède : les Rois mages n’ont rien à faire dans l’étable le 24 décembre.
L’usage — et c’est l’un des meilleurs que la crèche ait produits — consiste à les placer le 25 décembre au point le plus éloigné du décor, puis à les faire avancer un peu chaque jour jusqu’au 6 janvier. Douze jours de récit quotidien, pour un geste de dix secondes par soir.
Les détails de mise en scène — les faire disparaître derrière un relief, garder le chameau en retrait, les faire s’agenouiller à l’arrivée — sont dans la marche des Rois mages.
Beaucoup de ce qui est présenté ailleurs comme des faits — les noms, les âges, les origines, l’attribution des cadeaux — relève de la tradition et non du texte. Nous le signalons non pour diminuer la tradition, qui est ce qui a fait la crèche, mais parce que savoir ce qui vient d’où rend la scène plus intéressante, pas moins.