SANTONS

Acheter des santons

Cinq façons d’acheter, qui ne donnent pas du tout les mêmes objets ni les mêmes prix. Cette page explique ce que vaut chacune, ce qu’il faut regarder avant de payer, et les quelques questions qui transforment un achat en conversation avec l’artisan.

Cinq canaux

Canal Ce qu’on y gagne Ce qu’on y perd
L’atelier Le choix complet, l’explication, la possibilité de commander Il faut s’y rendre
La foire aux santons Plusieurs ateliers comparés en une heure La foule, et un choix parfois réduit aux best-sellers
La boutique spécialisée Conseil, disponibilité toute l’année Marge intermédiaire, sélection du revendeur
L’occasion Des pièces anciennes, parfois excellentes, à bas prix Aucune garantie, casse fréquente, gammes dépareillées
En ligne Accès depuis n’importe où On ne tient pas la pièce en main — le principal critère de qualité disparaît

L’atelier

C’est le meilleur canal, et souvent pas le plus cher : acheter directement chez le santonnier supprime une marge intermédiaire.

Beaucoup d’ateliers ouvrent une boutique attenante toute l’année. Allez-y hors saison — au printemps, en septembre : l’artisan a le temps de parler, l’atelier tourne, et l’on voit le travail en cours. En décembre, tout le monde est débordé.

Ce qu’on peut y faire et nulle part ailleurs : demander une pièce particulière, faire compléter une gamme ancienne, faire réparer une casse, comprendre pourquoi tel personnage porte tel objet. Voir le métier de santonnier.

La foire

Les foires aux santons se tiennent en général de fin novembre à fin décembre. Celle de Marseille est attestée depuis 1803 ; il en existe dans beaucoup de villes et villages, en Provence et ailleurs — y compris hors de France, comme la Fira de Santa Llúcia à Barcelone pour les figures de pessebre.

Trois conseils :

  • Faites un tour complet avant d’acheter. Les mêmes personnages varient beaucoup d’un stand à l’autre.
  • Emportez un santon de votre gamme, dans une boîte, pour comparer la taille et le style en main. Deux « 7 cm » de deux ateliers peuvent différer de plusieurs millimètres.
  • Notez le nom de l’atelier à chaque achat, dans votre inventaire. Vous voudrez y revenir.

Les dates et les lieux changent chaque année : renseignez-vous localement plutôt que de vous fier à une liste figée.

L’occasion

Brocantes, vide-greniers, ventes en ligne, successions. C’est là qu’on trouve les pièces anciennes, et parfois pour presque rien parce que le vendeur ignore ce qu’il vend.

  • Achetez par lots plutôt qu’à la pièce : les lots partent moins cher, et on y trouve souvent une ou deux bonnes surprises.
  • Examinez les collages. Une tête recollée de travers, une auréole sombre autour d’un joint — signe d’une colle instantanée mal employée. Voir réparer une casse.
  • Méfiez-vous du repeint. Une peinture trop fraîche et trop saturée sur une pièce visiblement ancienne diminue sa valeur.
  • Les gammes dépareillées sont le vrai risque : dix santons de quatre ateliers et trois échelles ne feront jamais une crèche. Voir collectionner.

En ligne

Parfois la seule option — et c’est le cas de beaucoup de lecteurs de ce site, qui ne vivent pas à portée d’un atelier.

Pour limiter le risque :

  • Achetez sur le site de l’atelier lui-même quand il en a un, plutôt que sur une place de marché généraliste.
  • Exigez des photos réelles, pas des visuels de catalogue. Une photo de la pièce que vous recevrez, si possible.
  • Vérifiez la mesure annoncée et demandez si elle est prise au sommet de la tête ou du chapeau. Voir ce que la taille mesure.
  • Commandez une seule pièce d’abord, pour juger la qualité et l’emballage avant d’engager une gamme.
  • Renseignez-vous sur l’emballage. Un santon expédié dans une simple enveloppe matelassée arrive cassé une fois sur trois.
Étal de santons de Provence peints, alignés par tailles sur des gradins, sur un marché de Marseille
Domaine public (CC0) — Wikimedia Commons

Examiner une pièce

Trente secondes, en main. Le détail complet est dans reconnaître un bon santon ; voici la version courte :

  1. Les yeux

    À la même hauteur, regardant dans la même direction. C’est le geste le plus difficile de la peinture et le meilleur indicateur de qualité disponible à l’œil nu.

  2. La couture de moule

    Passez le doigt sur les flancs. Sur une pièce soignée, elle a été reprise et ne se sent pas.

  3. La netteté du modelé

    Comparez deux exemplaires du même personnage dans le même bac. Un moule usé donne des plis mous et des visages fondus.

  4. La base

    Posez la pièce sur le comptoir. Elle doit être stable sans être tenue. Un santon qui bascule sur une surface plane basculera pire sur un talus.

  5. Le son

    Un santon cuit tinte clair quand on le fait sonner d’un ongle. Un son mat peut signaler une fêlure interne.

Les questions à poser

Elles ouvrent presque toujours la conversation, et elles vous apprennent plus que n’importe quelle étiquette :

  • « Ce personnage, c’est vous qui l’avez modelé ? » — presque tous les santonniers ont un ou deux personnages qui sont d’eux et pas hérités du répertoire. C’est de ceux-là qu’ils parlent le mieux.
  • « Le moule a quel âge ? » — une question technique qui montre que vous savez ce que vous regardez.
  • « C’est cuit ou c’est de l’argile crue ? » — cela change l’entretien et la solidité. Voir argile, plâtre, étoffe.
  • « Vous ferez encore cette gamme dans cinq ans ? » — décisif si vous comptez compléter au fil des années.
  • « Vous réparez ? » — beaucoup le font, et cela vaut d’être su avant la première casse.

Les pièges

  • Le coffret de trente santons. Trente objets sans regard, souvent d’un moule fatigué, et plus de place pour ceux que vous choisirez ensuite. Cinq santons choisis valent mieux.
  • Acheter avant d’avoir choisi la taille. C’est la seule décision irréversible de toute la crèche. Lisez les tailles d’abord.
  • Acheter les Rois mages en premier. Ils sont beaux, ils sont chers, et ils n’entrent en scène qu’à l’Épiphanie.
  • Acheter un métier sans son décor. Un rémouleur au milieu d’un pré est une figurine ; devant son atelier, c’est une scène. Prévoyez le décor avant le santon.
  • Le brillant pris pour de la qualité. Un santon traditionnel est mat. Le vernis brillant est une facilité industrielle.
  • Tout acheter la même année. Une crèche qui se remplit sur dix ans est plus belle et raconte quelque chose. Voir dans quel ordre les acheter.

Nous ne donnons pas de prix : ils varient trop selon les pays, les ateliers et les années. Nous ne recommandons pas non plus d’atelier en particulier — ce site ne classe pas les artisans. Ce que nous pouvons faire, c’est vous apprendre à juger par vous-même, et c’est l’objet de cette page.