SANTONS

L’entretien & le rangement

Un santon passe onze mois sur douze dans une boîte. C’est là qu’il se casse, pas sur la crèche. Voici comment nettoyer sans abîmer, réparer une casse proprement, et ranger une collection de façon à la retrouver intacte l’année suivante.

Nettoyer

La règle générale : le moins d’eau possible, jamais de produit. La peinture d’un santon est le plus souvent une gouache ou une acrylique fine, parfois posée directement sur la terre ; un détergent la ternit et un frottement l’enlève.

  1. Le pinceau sec, d’abord

    Un gros pinceau doux — un pinceau à poudre de maquillage est parfait — suffit à 90 % du travail. Travaillez de haut en bas, en soufflant doucement.

  2. La soufflette

    Une poire à air d’optique pour les recoins : les plis, sous les bras, entre les pattes des animaux. Évitez la bombe d’air comprimé, dont la pression peut détacher un accessoire collé.

  3. Le coton-tige à peine humide

    Seulement pour une salissure localisée, sur une zone non peinte ou sur une peinture cuite. Testez d’abord sous la base. Séchez immédiatement.

À ne jamais faire sur un santon :

  • Le passer sous l’eau. L’argile crue se délite ; l’argile cuite absorbe et rejette l’humidité pendant des semaines.
  • Utiliser un produit ménager, du vinaigre ou de l’alcool. Tous dissolvent la gouache.
  • Frotter. Y compris avec un chiffon doux : la peinture des arêtes part la première, et c’est là que le regard se pose.
  • Le mettre au soleil pour le sécher. Les pigments passent, et le rouge le premier.

Le cas des santons habillés

Le tissu attire la poussière et la retient. Trois précautions :

  • Aspirateur à faible puissance, à travers un bas nylon tendu sur l’embout. Le nylon retient tout ce qui pourrait se détacher.
  • Jamais d’eau, jamais de nettoyage à sec. Les étoffes sont souvent anciennes et collées autant que cousues.
  • À l’abri de la lumière. Les textiles passent bien plus vite que la peinture. Un santon habillé exposé six semaines par an derrière une vitre perdra ses couleurs en une dizaine d’années.

Réparer une casse

Une tête, un bras, un accessoire : ce sont toujours les mêmes pièces. La bonne nouvelle, c’est qu’une casse nette se répare presque invisiblement.

  1. Retrouver tous les morceaux

    Y compris les éclats minuscules. Rassemblez-les dans une coupelle avant toute chose ; ils disparaissent en quelques minutes.

  2. Faire un essai à blanc

    Assemblez sans colle et repérez le bon sens — une cassure n’a qu’une position juste, et on la trouve au toucher.

  3. Coller

    Une colle vinylique blanche pour bois ou une colle époxy bicomposant à prise lente, en très petite quantité, sur une seule des deux faces. Trop de colle crée un bourrelet qui empêche le contact.

  4. Maintenir

    Du ruban de masque, ou un lit de riz sec ou de sable dans une coupelle pour caler la pièce dans la bonne position pendant la prise. Laissez au moins douze heures.

  5. Combler la ligne

    S’il reste un joint visible : un peu d’enduit fin ou de pâte à bois, appliqué à la pointe d’un cure-dent, poncé délicatement une fois sec avec du papier très fin.

Évitez la colle cyanoacrylate (« super glue ») sur l’argile poreuse : elle pénètre, laisse une auréole sombre autour du joint, et rend toute reprise impossible. Sa prise instantanée interdit aussi de corriger un mauvais alignement.

Retoucher la peinture

Un éclat sur une arête se retouche à l’acrylique fine, en gardant deux principes :

  • Sous-tonner. Faites votre mélange légèrement plus clair et plus grisé que la couleur d’origine. Une retouche trop saturée se voit davantage que le manque qu’elle comble.
  • Rester dans la lacune. Ne débordez jamais sur la peinture d’origine. Un pinceau 000 et une bonne lumière.

Sur une pièce ancienne, de valeur, ou signée : ne retouchez pas. Un manque est une marque d’âge ; une retouche maladroite est un dommage. Et si la pièce compte vraiment, la restauration est un métier.

Ranger

C’est le poste où l’on perd le plus de santons, et il est facile à traiter.

  1. Chacun dans son alvéole

    Le meilleur système reste la boîte compartimentée — casier à vis, boîte à couture, boîte à œufs pour les petites tailles. Aucun santon ne doit toucher un autre santon.

  2. Papier de soie, pas de journal

    Le papier journal transfère son encre sur les surfaces claires, et l’humidité l’accélère. Papier de soie non acide, ou essuie-tout blanc.

  3. Debout, jamais empilés

    Le poids de trois santons sur un quatrième pendant onze mois casse quelque chose.

  4. Boîte rigide, pas de sac

    Et une boîte par groupe : Sainte Famille, cortège, métiers, animaux. Vous ne fouillez plus.

  5. Ni grenier ni cave

    Un grenier monte à 50 °C l’été et fait éclater les collages ; une cave apporte l’humidité qui délite l’argile crue et moisit les étoffes. Un placard dans une pièce de vie est très supérieur aux deux.

  6. Un sachet déshydratant

    Un ou deux gels de silice dans la boîte, remplacés chaque année. Quelques centimes, et le problème d’humidité disparaît.

Tenir un inventaire

Cela paraît excessif jusqu’au jour où la collection dépasse trente pièces, où l’on ne sait plus quel santon vient de quel atelier, et où l’on rachète en double.

Le minimum utile, une ligne par santon : le personnage, l’atelier, la taille, l’année d’acquisition, et où il a été acheté. Une photo de groupe par boîte, prise au moment du rangement, vaut tous les catalogues — elle sert d’inventaire visuel et de plan de rangement.

Deux raisons de plus, moins évidentes : une collection documentée est assurable, et c’est ce qui permet de transmettre autre chose que des objets. Un santon dont on sait qu’il a été acheté à la foire aux santons tel hiver, et par qui, n’est plus tout à fait le même objet.