SANTONS
Peindre un santon
C’est l’étape la plus longue de la fabrication et celle qui fait le prix d’une pièce. Elle obéit à un ordre précis — du fond vers le détail, du grand vers le petit — et à une règle de couleur qui surprend : rien de vif, rien de brillant, et jamais de noir pur.
Le matériel
Peinture
- Gouache fine, ou acrylique mate de qualité artiste — pas de peinture pour loisirs créatifs, dont le pigment est trop pauvre
- Une dizaine de couleurs suffisent : blanc de titane, ocre jaune, ocre rouge, terre de Sienne, terre d’ombre naturelle et brûlée, rouge de cadmium clair, bleu outremer, vert olive, noir d’ivoire
Pinceaux
- Un n° 2 rond pour les aplats
- Un n° 0 pour les vêtements
- Un n° 000 ou 10/0 pour les yeux et les détails — c’est celui qui compte, prenez-en un bon
Divers
- Une palette — un carreau de faïence fait très bien l’affaire
- Un support : un bouchon de liège percé, ou une pince à linge sur une base
- Une lampe orientable, une loupe si vos yeux le demandent
- Vernis mat en aérosol, uniquement si la pièce doit être manipulée
Préparer la pièce
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Dépoussiérer
Pinceau sec, puis souffler. Une poussière prise sous la peinture ne s’enlève plus.
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Poncer légèrement
Papier 400 sur les surfaces lisses — visage, mains. Pas sur les drapés, où le grain fait partie de l’effet.
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Poser une base ?
Sur terre cuite, non : la couleur de la terre donne un fond chaud très favorable, et laisser la terre transparaître aux arêtes est justement ce qui rend le santon vivant. Sur argile autodurcissante grise ou blanche, une base d’ocre très dilué réchauffe utilement l’ensemble.
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Travailler du haut vers le bas
Et poser la pièce sur un support plutôt que de la tenir : les doigts déposent du gras qui repousse la peinture.
L’ordre des couches
C’est l’ordre des ateliers, et il n’est pas arbitraire : chaque étape recouvre les débordements de la précédente.
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Les grandes surfaces de vêtement
Manteau, robe, tablier. Une seule couleur par zone, sans détail. Deux couches fines valent mieux qu’une épaisse.
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Les carnations
Visage, mains, cou, pieds.
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Les cheveux et la barbe
Après les carnations, pour rattraper la ligne du front.
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Les accessoires
Panier, outil, chapeau, chaussures, ceinture.
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Les motifs
Rayures, fleurs, bordures. Rien de plus fin qu’un demi-millimètre à cette échelle.
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Les yeux et la bouche
En dernier, quand tout le reste est sec et que la main est chaude.
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La patine
Le jus final qui unifie l’ensemble.
Peignez par couleur, pas par pièce. Si vous avez cinq santons à peindre, faites tous les bleus, puis tous les rouges, puis toutes les carnations. C’est ainsi que travaillent les ateliers, et c’est trois fois plus rapide — le pinceau n’est nettoyé qu’une fois par couleur, et la main garde le geste.
Les carnations
La couleur de peau ne s’achète pas en tube : elle se compose, et une carnation toute faite se reconnaît immédiatement.
Une base qui fonctionne : blanc + ocre jaune + une pointe de rouge de cadmium. Ajustez :
- plus d’ocre et un soupçon de terre de Sienne pour une peau hâlée ;
- terre de Sienne et terre d’ombre brûlée pour les peaux foncées — jamais de noir, qui grise ;
- une pointe de vert olive, minuscule, pour rabattre une carnation trop rose.
Puis deux passes qui font tout :
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Le creux
Un jus très dilué de terre d’ombre dans les orbites, sous le nez, sous la lèvre inférieure, dans le pli du cou. Épongez aussitôt : il ne doit rester que dans les creux.
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Le relief
La carnation éclaircie de blanc, en touche sèche, sur le nez, les pommettes, le menton et le front. Très léger.
Une pointe de rouge très dilué aux pommettes, au nez et aux oreilles pour un personnage exposé au froid — ce qui, dans une crèche, est tout le monde.
Les yeux
Le geste décisif. À 7 cm, un œil mesure moins d’un millimètre : il n’est pas question de peindre une pupille, un iris et un blanc.
La méthode en trois touches :
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Le creux
Déjà posé lors de la carnation — un jus sombre dans l’orbite.
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Le point
Une seule touche de terre d’ombre brûlée très foncée, à la pointe du 000, dans chaque orbite. Pas de noir : il fait des yeux de poupée.
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La paupière
Un trait de carnation légèrement foncée au-dessus du point, qui vient mordre dessus et le réduire. C’est cette dernière touche qui donne un regard au lieu de deux billes.
Les deux critères de réussite : même hauteur, même direction. Un œil un demi-millimètre plus haut que l’autre se voit à un mètre. Faites-les l’un après l’autre sans reposer le pinceau, en vous appuyant le poignet sur la table.
La bouche : un trait fin, plus foncé que la carnation, jamais rouge. Un santon aux lèvres rouges a l’air maquillé.
Les vêtements
La palette du santon provençal est faite de couleurs rabattues — c’est-à-dire assourdies par un peu de leur complémentaire ou de terre d’ombre. Un bleu sorti du tube est trop vif pour un vêtement de travail du XIXe siècle.
Trois règles :
- Deux couleurs dominantes par santon, au maximum trois. Au-delà, la figure devient bariolée et se perd dans le groupe.
- Ombrer les plis : la couleur du vêtement additionnée de sa complémentaire, très diluée, dans les creux des drapés. Puis un rehaut plus clair sur les arêtes.
- Une réserve : pour Marie, le bleu et le blanc sont conventionnels et il vaut mieux les respecter — c’est un repère de lecture pour celui qui regarde.
Les motifs — rayures d’un tablier, fleurs d’un fichu — se font au 000, après séchage complet, et toujours en suivant le pli : un motif peint à plat sur un drapé annule le volume.
La patine finale
Un santon fraîchement peint est trop propre et trop contrasté. Un jus final l’unifie et le vieillit de vingt ans en deux minutes.
Terre d’ombre naturelle diluée à 1 pour 15, passée sur toute la pièce, puis immédiatement épongée sur les surfaces saillantes. Elle reste dans les plis, les creux, sous les bords — exactement comme la poussière et l’usage le feraient. C’est la même logique que la patine du décor, en beaucoup plus léger.
Sur le vernis : par défaut, aucun. Le fini mat est la tradition, et sous l’éclairage bas d’une crèche une surface satinée renvoie un point lumineux qui tue le modelé. Si la pièce doit être manipulée par des enfants, un vernis mat en aérosol, en voile très léger, à 30 cm, à l’extérieur.
Les erreurs
- Le noir pur. Dans les yeux, dans les ombres, dans les cheveux. Remplacez-le partout par de la terre d’ombre brûlée ou un bleu très sombre.
- Les couleurs sorties du tube. Rabattez tout, sans exception.
- La peinture trop épaisse. Elle noie le modelé que le santonnier a mis des heures à obtenir. Deux couches fines, toujours.
- Le brillant. Vérifiez que votre acrylique est bien mate : beaucoup sont satinées.
- Peindre sous une mauvaise lumière. Une carnation jugée sous une ampoule chaude sera verdâtre au jour. Peignez sous une lumière neutre, jugez sous la lumière de la crèche.
- Ne pas s’arrêter. Le moment où l’on ajoute une dernière touche « pour améliorer » est presque toujours celui où l’on gâche. Posez le pinceau, regardez le lendemain.