MÉTHODE

Les erreurs à éviter

Quinze erreurs qui reviennent presque toutes les années, sur presque toutes les crèches. Aucune n’est grave, toutes se corrigent, et la plupart ne coûtent rien à réparer — mais il vaut mieux les connaître avant de coller que de les découvrir en regardant la photo.

Structure et composition

1 · Le terrain plat

La plus fréquente, et celle qui coûte le plus. Un sol horizontal n’a aucune profondeur, quel que soit le talent mis dans le reste. Il faut au minimum 1 cm de dénivelé pour 10 cm de profondeur, et de préférence une pente continue de l’arrière vers l’avant.

Correction : impossible après coup. C’est pour cela qu’on commence par le terrain.

2 · L’étable au centre

Centrée, elle coupe la scène en deux moitiés symétriques et mortes, et il n’y a plus de place pour le chemin qui y mène. Décalez-la d’un tiers.

Correction : possible tant qu’elle n’est pas collée. Une raison de plus de tout poser à sec avant de fixer quoi que ce soit.

3 · L’angle visible entre le fond et le sol

Il dit « boîte » instantanément. Une bande de carton souple collée en quart de cercle entre les deux plans le supprime en dix minutes, et fait reculer le fond de plusieurs mètres apparents.

Correction : la gorge, faisable même sur une crèche déjà montée.

4 · Tout est visible

Rien ne cache rien, donc il n’y a qu’un seul plan. Ce qui est partiellement masqué paraît plus loin : un buisson devant une maison, un mur qui coupe un chemin, un santon dont on ne voit que le buste.

Correction : facile, et gratuite. Voir l’occultation.

Construction

5 · La mauvaise échelle

Une porte de 20 cm à côté d’un santon de 7 cm n’a pas l’air imposante, elle a l’air fausse. À cette taille, une porte fait 8 cm et une marche 0,7 cm. Gardez le tableau d’échelles sous la main : convertir en échelle réelle.

6 · Les marches trop hautes

Un cas particulier du précédent, tellement fréquent qu’il mérite sa ligne. Une marche fait 7 millimètres à l’échelle du 7 cm. Presque tout le monde en fait le double, et l’escalier devient des gradins.

7 · Le toit posé, sans débord

Un toit affleurant les murs a l’air d’un couvercle. Il déborde toujours : de 2 à 3 mm au Sud, jusqu’à 1,5 cm en montagne. Et sans faîtage, il montre sa structure. Voir génoise, faîtage, débords.

8 · Les bâtiments qui flottent

Un mur, une maison, un puits doivent s’enfoncer dans le terrain, pas se poser dessus. Prévoyez 1 cm noyé, un peu de terre et de végétation à la base, et découpez la base en biais sur un terrain en pente.

Couleur et lumière

9 · Le mur gris

La pierre n’est pas grise : elle est beige, ocre, verdâtre, tachée. Un mur gris signale qu’il manque la passe de couleur locale. Voir les quatre passes.

10 · Le brillant

Sous l’éclairage bas d’une crèche, la moindre surface satinée renvoie un point lumineux qui trahit le matériau. Vérifiez que vos acryliques sont bien mates — beaucoup sont satinées — et n’employez de vernis que mat, et que si la pièce doit être manipulée.

11 · La lumière blanche, venue du haut

C’est l’éclairage d’une vitrine de magasin. La lumière d’une crèche vient du soir : chaude (2 200–2 700 K), basse, rasante, et rare. Trois ou quatre points éclairés, le reste dans la pénombre. Voir l’éclairage.

12 · Trop de vert

Le réflexe est de couvrir de mousse. Dans la nature, la végétation pousse là où il y a de l’eau et de l’ombre, et nulle part ailleurs. Un tiers du terrain doit rester minéral. Et en Provence, le paysage est ocre, pas vert.

Santons

13 · La foule

Quarante santons sur 50 cm forment une foule, pas un village. Les espaces vides sont ce qui donne l’échelle. Si vous avez plus de santons que de place, faites une rotation d’une année sur l’autre : c’est plus intéressant pour tout le monde, vous compris.

14 · Tout le monde face au public

Les santons regardent l’étable, ou ce qu’ils font. Presque aucun ne doit regarder le spectateur, qui est un témoin et non le destinataire de la scène. Et alignés à intervalles réguliers le long d’un chemin, ils font des poteaux : groupez par trois ou cinq, avec du vide entre les groupes. Voir la disposition.

Usage et calendrier

15 · La crèche complète dès le 1er décembre

Trois occasions manquées d’un coup : l’étable devrait rester vide pendant l’Avent, l’Enfant se dépose la nuit du 24, et les Rois mages mettent douze jours à traverser le décor. Une crèche qui bouge tous les jours vaut infiniment mieux qu’une crèche parfaite et figée. Voir quand installer la crèche.

Deux erreurs bonus, en dehors du décor. La mousse fraîche ramassée en forêt, qui moisit et apporte des insectes. Et le rangement au grenier ou à la cave, qui casse plus de santons que toutes les manipulations de l’année. Voir ranger.

Le test final

Avant de considérer une crèche terminée, trois vérifications de trente secondes.

  1. La photo

    Photographiez depuis la place du spectateur, plafonnier éteint, éclairage de la crèche allumé. L’appareil supprime la vision binoculaire et les défauts de profondeur sautent aux yeux.

  2. Le plissement

    Plissez les yeux jusqu’à ne plus voir que des masses. Vous devez distinguer trois valeurs : sombre devant, claire au milieu, très claire au fond.

  3. La hauteur d’enfant

    Accroupissez-vous à hauteur de la crèche. C’est de là que la moitié du public la regardera, et beaucoup de choses qui fonctionnaient vues de haut ne fonctionnent plus.

Et un dernier réflexe : le regard doit finir sur la mangeoire. Si l’œil s’arrête ailleurs — sur un bâtiment trop détaillé, sur une lumière trop forte, sur un santon mal placé — c’est là qu’est le vrai problème, et il vaut la peine de le corriger même s’il faut défaire quelque chose.