SANTONS
Les personnages
Six personnages suffisent à raconter la Nativité. La crèche provençale en compte parfois cent, et c’est précisément là qu’elle devient intéressante : elle a fait entrer un village entier — ses métiers, ses vieux, ses marginaux — dans une scène biblique. Voici qui ils sont et ce qu’ils font là.
Le noyau : la Nativité
- L’Enfant Jésus
- Couché dans la crèche au sens propre — la mangeoire. Traditionnellement, il n’est pas placé avant la nuit du 24 décembre ; l’étable reste vide jusque-là. Beaucoup de familles confient ce geste au plus jeune enfant présent.
- Marie
- Agenouillée ou penchée, presque toujours en bleu et blanc. Placée à gauche de la mangeoire vue du spectateur, par convention iconographique plus que par règle.
- Joseph
- Debout, souvent appuyé sur un bâton, parfois tenant une lanterne — la source de lumière de la scène avant l’invention de l’ampoule. En brun, ocre ou vert sombre.
- Le bœuf et l’âne
- Absents des Évangiles ; ils viennent d’un texte apocryphe et d’une lecture d’Isaïe. Ils réchauffent l’Enfant de leur souffle. Placez-les derrière la mangeoire, tête baissée vers elle.
- L’ange Gloria
- Suspendu au-dessus de l’étable, banderole déployée. Le seul santon qui ne touche pas le sol — prévoyez le point d’accroche pendant la construction, pas après.
Les Rois mages
Melchior, Gaspard et Balthazar. Ils ne font pas partie de la scène de la nuit de Noël : ils arrivent, et cette arrivée est un événement en soi.
La coutume la plus répandue les place au loin le 25 décembre, aux confins de la crèche, et les fait avancer de quelques centimètres chaque jour jusqu’à l’Épiphanie, le 6 janvier, où ils atteignent enfin l’étable. Pour un enfant, c’est douze jours de récit quotidien pour le prix d’un déplacement de santon. Le détail dans la disposition.
Leur chameau, quand il existe, reste en retrait avec le serviteur : un chameau devant l’étable écrase l’échelle de tout le reste.
Le village provençal
Ces personnages viennent des pastorales. Chacun a un caractère, et souvent une réplique célèbre.
- Le ravi
- Bras au ciel, bouche ouverte. Le plus reconnaissable de tous. On le décrit souvent comme le simple du village ; il est plus juste d’y voir celui que la nouvelle stupéfie — le seul qui réagisse à la mesure de l’événement. Il se place bien en vue, près de l’étable.
- Le tambourinaire
- Galoubet dans une main, tambourin dans l’autre. Il donne la musique de la marche. Souvent en tête du cortège.
- Le boumian
- Le bohémien, à l’écart, parfois une poule sous le bras. Figure de méfiance dans les pastorales, qui finit par se joindre au groupe. Placez-le en marge, jamais dans le cortège principal.
- Pistachié
- Le valet vantard et bavard, ressort comique des pastorales. Reconnaissable à son air de fanfaron.
- L’aveugle et son fils
- L’un des couples les plus émouvants du répertoire : le vieil homme conduit par l’enfant, qui recouvre la vue en arrivant devant l’étable. Toujours représentés ensemble, en chemin.
- La lavandière
- Agenouillée devant son lavoir. C’est elle qui justifie le point d’eau — voir la fontaine.
- Les bergers et l’agneau
- Les premiers avertis, donc les premiers arrivés. Le berger portant l’agneau sur les épaules renvoie au pastrage, encore pratiqué dans plusieurs villages la nuit de Noël.

Les métiers d’autrefois
C’est la partie du répertoire qui s’agrandit encore. Un santonnier peut créer n’importe quel métier ; ceux-ci sont les classiques :
- Le meunier, sac de farine sur l’épaule — à placer près du moulin, évidemment.
- Le poissonnier et la poissonnière, panier de poissons argentés.
- Le boulanger, sa pelle et ses pains, devant le four.
- Le rémouleur, penché sur sa meule.
- Le vannier, entouré de paniers.
- Le chasseur, fusil sous le bras et chien à ses pieds.
- La marchande de fleurs, la marchande d’ail, la porteuse d’eau.
- Le maire, le curé, l’instituteur — le trio d’autorité du village, souvent traité avec une pointe d’ironie.
Un métier n’existe que s’il a son décor. Un rémouleur sans atelier est une figurine ; le même devant une porte de remise, avec deux couteaux posés sur un billot, est une scène. Prévoyez le décor avant d’acheter le santon, pas l’inverse.
Ailleurs dans le monde
La crèche n’est pas une tradition unique, et les personnages changent avec les pays :
- Catalogne — le caganer, accroupi, caché quelque part dans le décor. Attesté depuis le XVIIe siècle, il symbolise la fertilisation de la terre. Le chercher est un jeu d’enfants.
- Naples — le presepe peuple sa crèche de taverniers, de musiciens, de marchands de poisson et de personnages contemporains. Voir la crèche napolitaine.
- Amérique latine — le nacimiento ajoute la faune et la flore locales, et parfois des personnages du village.
- Pologne — la szopka de Cracovie remplace le paysage par l’architecture de la ville elle-même.
- Provence alpine, Alsace, Québec — chaque région habille les mêmes personnages de ses propres vêtements et de ses propres métiers.
Ajouter à votre crèche un personnage qui vient de chez vous n’est pas une entorse à la tradition : c’est exactement ce que la tradition a toujours fait.
Dans quel ordre les acheter
Une crèche qui se remplit sur dix ans vaut mieux qu’une crèche achetée en une fois. Un ordre qui fonctionne :
-
Année 1
Marie, Joseph, l’Enfant, le bœuf, l’âne. La scène existe.
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Année 2
Un berger, un mouton ou deux, l’ange. La scène a des témoins.
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Année 3
Le ravi et le tambourinaire. Le village commence.
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Année 4
Les trois Rois mages, ensemble — ils ne se dépareillent pas.
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Ensuite
Un ou deux métiers par an, choisis pour le décor que vous avez construit dans l’année. C’est ce qui fait qu’une crèche ressemble à une famille et pas à un catalogue.