TRADITIONS

L’Amérique latine

La crèche arrive en Amérique avec les missions du XVIe siècle et y devient tout autre chose : un décor où entrent la flore, les animaux et les architectures du continent, et parfois le village de celui qui la construit. Elle y est aussi, souvent, plus grande et plus publique qu’en Europe.

Nacimiento, pesebre, portal, presépio

Quatre mots, selon les pays, pour la même chose :

  • Nacimiento — « naissance ». Dominant au Mexique et en Amérique centrale. Voir le glossaire.
  • Pesebre — « mangeoire ». Dominant en Colombie, au Venezuela, en Argentine, au Chili et dans une bonne partie du continent.
  • Portal — « le porche ». Employé notamment en Amérique centrale, comme en Espagne.
  • Presépio — au Brésil, de tradition portugaise.

Ce que le continent a ajouté

La transposition locale, que la crèche pratique partout, y est allée particulièrement loin :

  • La flore. Palmiers, cactus, bananiers, mousse d’altitude, lichens andins. Au Mexique, la flor de Nochebuena — le poinsettia, plante originaire du pays — est associée à Noël et entre régulièrement dans le décor.
  • La faune. Lamas et alpagas dans les Andes, ânes et bœufs locaux, volailles, parfois des animaux qui n’ont jamais vu la Judée et que personne n’y trouve à redire.
  • L’architecture. Toits de tuiles coloniales, murs de terre, patios. Dans les Andes, des étables qui ressemblent à celles des villages de montagne.
  • L’échelle. Les nacimientos familiaux occupent souvent une pièce entière ou un angle complet du salon, avec un paysage étendu. Les municipalités en installent de monumentaux sur les places.

C’est exactement le mécanisme décrit sur la page des traditions : raconter la scène avec ce qu’on a sous les yeux.

Le Mexique et les posadas

Les posadas sont la coutume la plus caractéristique du Noël mexicain, et elles sont directement liées à la crèche.

Du 16 au 24 décembre — neuf soirées, pour les neuf mois de la grossesse —, un cortège reconstitue la recherche d’un abri par Marie et Joseph. Les participants vont de maison en maison en chantant une letanía ; à chaque porte, un dialogue chanté oppose ceux du dehors, qui demandent l’hospitalité, et ceux du dedans, qui la refusent — jusqu’à la maison désignée pour la soirée, où l’on est enfin reçu. La fête suit : piñata, friandises, ponche.

La neuvième posada, le 24, s’achève par le dépôt de l’Enfant dans le nacimiento — appelé arrullo, le bercement, avec une berceuse chantée.

Il existe aussi une suite : le 2 février, à la Chandeleur, la figure de l’Enfant est habillée et portée à l’église pour être bénie, et celui qui a trouvé la fève dans la rosca de Reyes du 6 janvier offre les tamales. La crèche y est donc prise dans une séquence de six semaines, aussi structurée que le calendrier provençal.

Le Pérou et les retablos

Le retablo ayacuchano est l’une des formes les plus originales que la crèche ait prises.

C’est une boîte de bois peinte, à deux volets qui s’ouvrent comme un petit théâtre, contenant des dizaines de figurines modelées en pâte de pomme de terre et de plâtre, vivement colorées. L’intérieur est souvent divisé en deux étages : en haut une scène religieuse — dont la Nativité —, en bas une scène de la vie quotidienne, marché, fête ou travail des champs.

La forme descend des cajas de San Marcos, des boîtes portatives de dévotion utilisées par les éleveurs andins, et elle est devenue au XXe siècle un art reconnu, associé en particulier à la région d’Ayacucho.

Pour qui construit des crèches, le retablo est une leçon de format : tout tient dans une boîte fermable, se transporte, se range, et l’ouverture des volets est en soi un geste de mise en scène. À rapprocher du scarabattolo napolitain évoqué dans la crèche napolitaine.

Colombie, Venezuela, Andes

Le pesebre y est très répandu, souvent grand, construit en famille avec des matériaux simples — papier, mousse, sciure teintée, miroirs pour l’eau.

En Colombie, la saison s’ouvre le 7 décembre au soir, avec le Día de las Velitas : on allume des bougies et des lanternes de papier aux fenêtres, sur les trottoirs et devant les maisons. C’est traditionnellement la nuit où l’on installe le pesebre.

Suit la novena de aguinaldos, neuf soirées de prières et de chants en famille du 16 au 24 décembre, devant le pesebre — une pratique proche des posadas mexicaines, mais fixe plutôt qu’itinérante.

Le Brésil

Le presépio brésilien vient de la tradition portugaise, elle-même liée à l’italienne. Il est présent dans les églises et dans beaucoup de foyers, et donne lieu à des installations monumentales dans certaines villes.

Le Nordeste a une tradition ancienne de figures d’argile et de crèches populaires, portée par des ateliers de céramistes qui produisent aussi des scènes de la vie quotidienne — une parenté de démarche avec le santon provençal qu’on ne s’attendrait pas à trouver.

Le calendrier

  • 7 décembre — Colombie : Día de las Velitas, installation du pesebre.
  • 16-24 décembre — posadas au Mexique, novena en Colombie et au Venezuela.
  • 24 décembreNochebuena, le repas de nuit ; dépôt de l’Enfant.
  • 6 janvier — les Rois mages apportent les cadeaux dans une grande partie du continent ; rosca de Reyes.
  • 2 février — Chandeleur ; au Mexique, présentation de l’Enfant et tamales.

Ce continent compte une vingtaine de pays et des centaines de traditions locales. Cette page en effleure quelques-unes. Si vous en connaissez d’autres — et en particulier si nous décrivons mal la vôtre —, écrivez-nous.