TRADITIONS
L’Alsace
L’Alsace occupe une position singulière : elle appartient au monde francophone et sa tradition de Noël est largement germanique. La crèche y côtoie le sapin, les marchés de Noël et une paire de figures — le Christkindel et le Hans Trapp — qu’on ne rencontre nulle part ailleurs en France.
La crèche alsacienne
Elle se rattache à l’école germanique décrite dans la page Allemagne & Autriche plus qu’à la provençale, avec quelques traits propres :
- L’architecture locale entre dans le décor. Maisons à colombages, encorbellements, toits très pentus, parfois un nid de cigognes. Là où la Provence transpose la scène dans un village méditerranéen, l’Alsace la transpose dans un village alsacien.
- Le bois domine, pour les figures comme pour le bâti.
- Le format est modeste. On y trouve peu de crèches-villages à la provençale ; l’ensemble reste centré sur la Nativité et les bergers.
- Les crèches d’église sont nombreuses et souvent anciennes ; plusieurs villes proposent des parcours pour les visiter, sur le modèle du Krippenweg germanique.
Pour construire dans cet esprit, les techniques utiles sont celles des toits, des maisons du village et de la neige.
Le sapin, avant tout le monde
L’Alsace est l’une des régions où la coutume de l’arbre de Noël est attestée le plus tôt. Un registre de Sélestat mentionne en 1521 une dépense pour la garde des arbres coupés à l’occasion de Noël — c’est l’une des plus anciennes mentions écrites connues de la pratique.
L’arbre était d’abord décoré de pommes, d’hosties et de gâteaux ; les boules de verre sont venues bien plus tard. Cette antériorité explique une différence de hiérarchie encore visible : en Alsace, le sapin et la crèche se partagent la maison à égalité, là où le Sud donne à la crèche la première place.
Les marchés de Noël
Le Christkindelsmärik de Strasbourg — le « marché de l’Enfant Jésus » — se tient depuis 1570. C’est l’un des plus anciens marchés de Noël d’Europe encore en activité, et il a donné son modèle à une bonne partie de ceux qui existent aujourd’hui.
Pour la crèche, ces marchés jouent le même rôle que la foire aux santons en Provence : c’est là qu’on trouve les figures, les matériaux et les artisans. Les marchés de Colmar, Kaysersberg, Riquewihr et de nombreux villages ont chacun leur caractère.
Christkindel et Hans Trapp
Deux figures qui n’appartiennent pas à la crèche mais qui structurent le Noël alsacien, et qu’on ne comprend pas si on les prend pour des variantes du Père Noël.
- Le Christkindel — littéralement « l’Enfant Jésus », représenté par une jeune femme voilée de blanc, couronnée, portant une clochette et un panier de friandises. Elle apporte les cadeaux et interroge les enfants sur leur conduite.
- Le Hans Trapp — son contrepoint : une figure sombre, vêtue de peaux, armée d’un martinet, qui accompagne le Christkindel et s’adresse aux enfants qui se sont mal conduits. Un rôle comparable à celui du Père Fouettard ailleurs.
Les deux passent traditionnellement à la Saint-Nicolas ou à l’approche de Noël selon les localités. La tradition reste vivante dans plusieurs villages, sous forme de tournées ou de défilés.
La table
Ce ne sont pas les treize desserts, mais l’Alsace a sa propre codification :
- Les bredele — les petits gâteaux de Noël, préparés en grande quantité à partir de la fin novembre et déclinés en dizaines de variétés : à la cannelle, à l’anis, aux amandes, sablés découpés à l’emporte-pièce. La confection est une activité de famille en soi.
- Le pain d’épices, sous forme de gâteaux comme de figures découpées.
- Le kougelhopf, présent bien au-delà de Noël mais associé aux fêtes.
- Le vin chaud, indissociable des marchés.
Le calendrier
- Fin novembre — ouverture des marchés, début de la confection des bredele.
- 4 décembre — la Sainte-Barbe est marquée dans certaines familles par des branches de cerisier mises à l’eau, qui doivent fleurir pour Noël. Un parallèle intéressant avec le blé provençal : dans les deux cas, une pousse forcée sert de présage.
- 6 décembre — Saint-Nicolas, fête d’enfants importante, avec le Mannele, une brioche en forme de bonhomme.
- 24 décembre — l’Enfant est déposé dans la crèche ; passage du Christkindel dans certaines familles.
- 6 janvier — Épiphanie.
L’Alsace n’est pas homogène : les usages diffèrent entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, entre plaine et vallées vosgiennes, et entre familles catholiques et protestantes. Si votre village fait autrement, écrivez-nous.