LES SANTONNIERS

Les santonniers

Derrière chaque santon, un santonnier. Le métier tient de la sculpture, du moulage, de la céramique et de la miniature peinte — quatre savoir-faire qu’une seule personne exerce souvent du début à la fin. Voici comment un santon naît, et ce que cela change à la façon de le regarder.

La chaîne, du modèle au santon

Un santon de série passe par sept étapes. Chacune peut se voir sur la pièce finie quand on sait où regarder.

  1. Le modèle

    Une pièce unique, modelée à la main en argile ou en cire. C’est la seule sculpture du processus ; tout le reste en descend. Un atelier peut mettre des semaines sur un modèle qu’il éditera pendant trente ans.

  2. Le moule

    En plâtre, en deux parties le plus souvent. Il enregistre le modèle et permet de le reproduire.

  3. L’estampage

    L’argile est pressée dans chaque demi-moule, à la main, en couche mince.

  4. L’assemblage et l’ébarbage

    Les deux moitiés sont réunies, la couture est reprise à l’ébauchoir, les détails perdus au moulage sont recreusés.

  5. Le séchage

    Lent, à l’air, plusieurs jours à plusieurs semaines selon la taille et la saison.

  6. La cuisson

    Pour les santons cuits. Autour de 950 à 1 000 °C selon les ateliers et les terres.

  7. La peinture

    À la main, pièce par pièce. C’est l’étape la plus longue et celle qui fait le prix.

L’argile

La terre traditionnelle du santon provençal est une argile rouge, riche en oxyde de fer, qui donne au biscuit sa couleur brique. Elle est plastique, fine, et supporte le détail.

Elle doit être préparée : mise en pâte, débarrassée de ses bulles d’air par battage ou pétrissage. Une bulle d’air oubliée dans une pièce se dilate à la cuisson et fait éclater le santon dans le four — c’est le risque principal du métier, et la raison pour laquelle les pièces épaisses sont creusées par-dessous.

Certains ateliers ne cuisent pas : le santon d’argile crue peinte, plus proche du procédé de Lagnel, est plus léger et plus fragile. Il craint l’eau absolument.

Le moule

Le moule à deux coquilles est la clé économique du métier : c’est lui qui a rendu le santon accessible, au tournant du XIXe siècle, et qui a fait passer la crèche de l’église à la maison.

Un moule de plâtre s’use. Les premiers tirages sont nets ; après quelques centaines, les arêtes s’arrondissent, les plis s’adoucissent, les traits du visage perdent en définition. Un atelier sérieux retire ses moules du service et en refait à partir du modèle d’origine. C’est pour cela que deux santons portant la même référence, à dix ans d’écart, ne sont pas identiques — et pourquoi il vaut la peine de comparer plusieurs exemplaires dans un même bac. Voir reconnaître un bon santon.

La couture de moule, sur le flanc, est la signature du procédé. Elle doit avoir été reprise ; si vous la sentez nettement sous le doigt, la pièce a été expédiée.

Santon de chamelier avec son dromadaire, pièce isolée sur fond neutre pour un collectionneur
Photo : Coyau — Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Le séchage et la cuisson

Le séchage est lent parce qu’il doit être homogène : une pièce qui sèche plus vite en surface qu’à cœur se fend. Les ateliers couvrent les pièces, les retournent, ralentissent l’air. En hiver, dans un atelier peu chauffé, cela peut prendre trois semaines.

La cuisson transforme définitivement la matière : l’argile devient céramique et ne peut plus redevenir terre. C’est ce qui rend un santon cuit lavable d’un coup de pinceau et un santon cru vulnérable pour toujours.

Après cuisson, la pièce a la couleur de la terre. Certains ateliers s’arrêtent là et vendent le biscuit tel quel — une crèche entière en biscuit, unie, a une sobriété que la polychromie n’a pas.

La peinture

C’est là que se joue l’essentiel, et c’est l’étape la moins visible pour l’acheteur.

Traditionnellement à la gouache, aujourd’hui souvent à l’acrylique fine. Le peintre travaille par couleur plutôt que par pièce : tous les bleus de la série, puis tous les rouges, puis les carnations, puis les détails. Un santon de 7 cm peut recevoir quinze à vingt-cinq passages.

Les yeux sont le geste décisif. Un santonnier expérimenté les pose en trois touches ; le résultat détermine si le personnage regarde quelque part ou nulle part. C’est le meilleur critère de qualité disponible à l’œil nu.

Le fini est mat, par tradition et par nécessité : sous l’éclairage bas et chaud d’une crèche, une surface brillante renvoie un point lumineux qui tue le modelé.

Les santons habillés

Un métier dans le métier, et souvent une deuxième personne dans l’atelier.

Le principe : tête, mains et parfois pieds en terre cuite peinte ; le reste est une armature — fil de fer, bois, tissu bourré — habillée d’étoffes véritables, coupées et cousues à l’échelle. Les tissus sont choisis pour leur motif et leur tombé : une impression trop grande sur une robe de 12 cm ruine l’illusion, et un tissu trop épais ne fait pas de plis crédibles. Beaucoup d’ateliers travaillent avec de vieux textiles, précisément parce que leurs fibres sont assouplies.

C’est la raison du prix, et aussi de la fragilité : le tissu passe à la lumière, prend la poussière et n’aime pas l’humidité. Voir l’entretien des santons habillés.

Rencontrer les ateliers

Les ateliers de santonniers en activité. Nom, commune, département et site : consulter l’annuaire des santonniers. Vous êtes santonnier et vous n’y figurez pas ? Le formulaire d’ajout est au bas de cette page, et l’inscription est gratuite.

Trois occasions, par ordre d’intérêt :

  • L’atelier lui-même. Beaucoup de santonniers ouvrent leur boutique attenante toute l’année et acceptent volontiers d’expliquer. Hors saison, ils ont le temps de parler — c’est le meilleur moment pour y aller.
  • Les foires aux santons. Celle de Marseille est attestée depuis 1803 et reste la plus connue, mais il en existe dans de nombreuses villes de Provence et bien au-delà, y compris hors de France. Elles se tiennent en général de fin novembre à fin décembre.
  • Les musées et collections. Plusieurs musées régionaux conservent des crèches anciennes et des ensembles de santibelli ; certaines églises exposent des crèches monumentales de décembre à la Chandeleur.

Une question qui ouvre toujours la conversation : demander à un santonnier qui il a modelé lui-même. Presque tous ont un ou deux personnages qui sont d’eux, et pas hérités du répertoire. C’est de ceux-là qu’ils parlent le mieux.

Vous connaissez un atelier qui mérite d’être cité, ou vous en tenez un ? Écrivez-nous — nous complétons cette page au fil des rencontres, et nous préférons nommer des ateliers que nous avons vus travailler.