LES SANTONS
Les santons
Du provençal santoun, « petit saint ». Le mot désigne aujourd’hui aussi bien la Sainte Famille que le meunier, la poissonnière ou l’aveugle et son fils — car la particularité de la crèche provençale est d’avoir fait entrer tout un village dans une scène qui n’en comptait que six personnages.
D’où vient le mot
Le santon naît d’un manque. Pendant la révolution française, les églises ferment et les crèches publiques disparaissent ; la tradition se replie dans les maisons, et il faut des figurines abordables. À Marseille, Jean-Louis Lagnel (1764-1822) met au point un santon d’argile crue moulée, vendu quelques sous. Le procédé se répand, la foire aux santons de Marseille s’installe en 1803, et en une génération la crèche cesse d’être une affaire d’église pour devenir une affaire de famille.
Le second déplacement est littéraire. Les pastorales — pièces de théâtre en provençal racontant la marche des villageois vers l’étable, dont la plus célèbre est la Pastorale Maurel de 1844 — fixent une galerie de personnages. C’est de là que viennent le ravi, le boumian, Pistachié et les autres. Les santonniers les ont simplement moulés. L’histoire complète.
Argile, plâtre, étoffe
Trois familles, qu’on distingue au premier coup d’œil une fois qu’on sait quoi regarder.
| Type | Aspect | Pour qui |
|---|---|---|
| Argile crue peinte | Mat, un peu poudreux ; le plus léger. Fragile à l’eau. | La tradition la plus ancienne. Se raye facilement. |
| Argile cuite peinte | Dense, sonore, la couleur de la terre visible sous la peinture aux arêtes. | Le standard. Solide, se nettoie, dure des générations. |
| Biscuit | Terre cuite non peinte, uniformément ocre-rouge. | Un parti pris esthétique. Très beau en grand nombre. |
| Santon habillé | Tête et mains en terre, corps vêtu de vraies étoffes cousues. | Grandes tailles. Spectaculaire, cher, sensible à la poussière et à la lumière. |
Une remarque sur le plâtre : on trouve encore, dans les brocantes, des figures de plâtre peint appelées santibelli. Elles sont cousines des santons mais n’en sont pas — elles ne viennent pas de la crèche, mais de la statuaire de dévotion domestique vendue par les colporteurs au XIXe siècle.
Comment choisir
Trois décisions, dans cet ordre. Les deux premières sont irréversibles ; la troisième ne l’est pas.
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La taille
Elle engage toute la crèche, parce que le décor se construit à son échelle. Changer de taille plus tard, c’est tout refaire. Le 7 cm est le standard le plus répandu et celui pour lequel on trouve le plus grand choix de personnages. Le guide des tailles.
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Le style
Argile peinte ou habillé, provençal ou napolitain, coloré ou sobre. Mélanger deux styles dans une même crèche se voit toujours — sauf si vous le faites franchement, en isolant chaque groupe dans une zone.
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Les personnages
Là, rien ne presse. Une crèche se construit par ajouts, un ou deux santons par an. C’est même la meilleure façon de faire : chaque santon a alors une date et une histoire. Qui est qui.
Le noyau minimal : Marie, Joseph, l’Enfant, le bœuf et l’âne. Cinq pièces. Tout le reste est facultatif, y compris les Rois mages, qui n’arrivent de toute façon qu’à l’Épiphanie. Une première crèche n’a pas besoin de plus — voir votre première crèche.
Reconnaître un bon santon
Sans être expert, cinq points s’observent en trente secondes, en main :
- La couture de moule. Elle court le long des flancs. Sur une pièce soignée elle est reprise à l’ébauchoir et invisible ; sur une pièce bâclée on la sent sous le doigt.
- La netteté du modelé. Un moule s’use. Les tirages tardifs ont les plis mous, les doigts fondus, le visage moins lisible. Comparez deux exemplaires du même santon dans un même bac : ils ne sont pas identiques.
- Les yeux. C’est le geste le plus difficile de la peinture. Deux yeux à la même hauteur, regardant dans la même direction, sont le signe d’un peintre expérimenté.
- La base. Plate, stable, assez large. Un santon qui bascule sur une table plane basculera encore plus sur un talus.
- Le son. Un santon cuit tinte clair quand on le fait sonner d’un ongle. Un son mat peut signaler une fêlure interne.
Ce qui n’est pas un critère : la brillance. Un santon traditionnel est mat. Le vernis brillant est une facilité industrielle, pas une marque de qualité.

Ce que ça coûte, et pourquoi
Les prix varient trop selon les pays, les ateliers et les années pour être donnés ici avec un chiffre — mais la structure du prix, elle, est stable et vaut d’être comprise.
- La taille compte moins que le travail. Un santon de 9 cm n’est pas beaucoup plus cher qu’un 7 cm ; un santon habillé de la même taille l’est plusieurs fois.
- La peinture est le poste principal. Un santon d’argile est moulé en quelques minutes et peint en beaucoup plus. C’est le nombre de couleurs et la finesse du décor qui font l’écart entre deux pièces identiques.
- Les grands formats et les pièces d’atelier — modelés à la main, non moulés, signés — appartiennent à un autre marché, celui de la sculpture.
- L’achat en série est un piège. Un coffret de trente santons au prix de trois pièces d’atelier vous donnera trente objets sans regard. Mieux vaut cinq santons choisis.
Acheter directement à l’atelier, en foire aux santons ou en boutique de santonnier, revient souvent au même prix qu’en grande surface pour un objet sans comparaison — et vous pouvez demander pourquoi ce personnage porte ce qu’il porte. Rencontrer les santonniers.