SANTONS

Fabriquer ses santons

Modeler un santon est plus accessible qu’il n’y paraît, et beaucoup moins que d’en modeler douze qui se ressemblent. Cette page couvre les deux : la pièce unique modelée à la main, et le moule en plâtre qui permet d’en tirer une série — c’est-à-dire exactement le geste inventé à Marseille vers 1800.

Quelle terre

Matière Pour Contre
Argile autodurcissante Aucun four nécessaire, se travaille comme de la terre, se ponce une fois sèche Reste fragile et sensible à l’eau ; ne convient pas à un moulage en série intensif
Terre de faïence rouge La vraie matière du santon ; solide après cuisson, tient le détail Nécessite un four à céramique — atelier associatif, maison des jeunes, école d’art, ou un céramiste qui accepte de cuire pour vous
Pâte polymère Cuisson au four ménager, très fine, existe en couleurs Aspect plastique ; ne se comporte pas comme de la terre et ne prend pas la même peinture
Pâte à modeler à base de plâtre Bon marché, blanche, se peint bien Cassante, peu de détail

Pour commencer : argile autodurcissante. Vous saurez en trois soirées si le geste vous plaît, sans avoir cherché un four.

Le matériel

  • Argile autodurcissante fine, ou terre de faïence
  • Fil de fer d’armature 0,8 mm, ou du fil de fleuriste, pour les grands formats
  • Ébauchoirs : deux ou trois suffisent — une spatule, une pointe, une boule
  • Un cure-dent, un couteau à beurre, une brosse à dents usée
  • Une éponge, un bol d’eau
  • Un support tournant improvisé : un bouchon collé sur un couvercle de bocal
  • Pour le moule : plâtre de moulage, savon noir ou vaseline comme démoulant, plaques de carton pour le coffrage
  • Papier de verre 400 pour la reprise à sec

Les proportions

C’est ici que se joue la ressemblance, plus que dans le détail.

  • La tête fait un septième de la hauteur totale pour un adulte. Sur un santon de 7 cm : 1 cm de la mâchoire au sommet du crâne.
  • Le milieu du corps est au niveau du bassin, pas de la taille. Les jambes font la moitié de la hauteur.
  • Les coudes arrivent à la taille, les mains à mi-cuisse.
  • Les épaules font deux têtes de large pour un homme, un peu moins pour une femme.
  • Un enfant a la tête proportionnellement plus grosse : un cinquième de la hauteur, pas un septième. C’est l’erreur la plus visible sur les santons faits maison.

Pour un santon vêtu à l’ancienne, tout cela se voit peu — le vêtement masque l’anatomie. Concentrez-vous sur trois choses : la hauteur de la tête, l’aplomb du corps, et la direction du regard. Un santon dont la tête est légèrement inclinée vers ce qu’il fait paraît vivant ; un santon parfaitement droit paraît raide.

Modeler une pièce unique

  1. La base et l’aplomb

    Commencez par un cylindre de terre posé sur une base plate, à la hauteur totale voulue. Vérifiez qu’il tient seul avant toute chose.

  2. Le volume général

    Dégagez les masses : tête, buste, jambes sous le vêtement. Ne faites aucun détail à ce stade. Regardez la silhouette de loin, en la faisant tourner : elle doit déjà être lisible.

  3. La pose

    Inclinez, tournez, décalez le poids sur une jambe. Une silhouette parfaitement symétrique est inerte. C’est le moment le plus important et il dure deux minutes.

  4. Les bras

    Ajoutés en dernier parmi les masses, et si possible collés au corps ou tenant un objet. Un bras tendu dans le vide casse au séchage, au transport ou au rangement.

  5. Les drapés

    Deux ou trois plis principaux suffisent, creusés à l’ébauchoir. Beaucoup de petits plis font brouillon à cette échelle.

  6. Le visage

    À 7 cm, un visage se résume à trois creux — les yeux, la bouche — et deux reliefs — le nez, le menton. N’essayez pas de sculpter des paupières : la peinture fera le reste.

  7. Reprendre à sec

    Une fois la pièce sèche mais avant cuisson ou peinture, un ponçage léger au papier 400 sur les surfaces lisses. C’est ce qui fait la différence entre une figurine et un santon.

Faire un moule en plâtre

Un moule à deux coquilles, comme dans les ateliers. C’est le geste qui rend la série possible — voir le moule chez le santonnier.

  1. Choisir le plan de joint

    La ligne où les deux moitiés se sépareront. Elle doit passer par les points les plus larges de la pièce, en général le long des flancs, et éviter le visage.

  2. Enterrer la moitié

    Posez le modèle sur un lit de terre à modeler, enfoncé jusqu’au plan de joint exactement. Lissez la terre au ras du modèle.

  3. Coffrer et couler

    Un coffrage de carton autour, 2 cm de marge. Enduisez le modèle de démoulant. Coulez le plâtre en filet, en tapotant le coffrage pour chasser les bulles.

  4. Les clés

    Avant que la première moitié ne durcisse complètement, creusez trois petites cuvettes à la pointe d’un couteau dans la face du plâtre. Elles serviront de repères d’assemblage.

  5. Retourner et recommencer

    Retirez la terre, enduisez généreusement de démoulant toute la face de plâtre — c’est l’étape qu’on rate, et les deux moitiés se soudent alors définitivement. Recoffrez, coulez la seconde moitié.

  6. Ouvrir et sécher

    Séparez délicatement, retirez le modèle, laissez sécher le moule plusieurs jours. Un moule humide ne démoule pas.

Tirer une série

  1. Estamper

    Pressez l’argile dans chaque demi-moule, en couche régulière de 4 à 5 mm, en partant du centre vers les bords. Le plâtre absorbe l’eau, ce qui décolle la pièce naturellement.

  2. Assembler

    Humidifiez les bords des deux demi-pièces, striez-les au cure-dent, ajoutez un boudin fin de barbotine — de l’argile délayée — et pressez les deux moitiés l’une contre l’autre.

  3. Démouler

    Attendez dix à vingt minutes selon l’humidité. La pièce se détache seule quand elle est prête ; ne forcez jamais.

  4. Ébarber

    Reprenez la couture à l’ébauchoir puis à l’éponge humide. C’est l’étape qui sépare une pièce d’atelier d’une pièce bâclée.

  5. Reprendre les détails

    Le moulage écrase toujours un peu le modelé. Recreusez les plis, redonnez du creux aux yeux, remarquez les cheveux.

Séchage et cuisson

Le séchage doit être lent et homogène, sinon la pièce se fend. Couvrez d’un film plastique percé de quelques trous les deux premiers jours, puis à l’air libre, loin d’un radiateur et d’un courant d’air. Comptez une à trois semaines selon la taille et la saison.

Pour la cuisson, si vous en avez la possibilité : autour de 950 à 1 000 °C pour une terre de faïence, avec une montée lente. Deux impératifs :

  • La pièce doit être parfaitement sèche. Une pièce humide explose au four, et elle emporte parfois celles qui l’entourent.
  • Évidez les masses épaisses par-dessous. Au-delà de 15 mm d’épaisseur, creusez la base à l’ébauchoir en laissant 5 à 8 mm de paroi, et percez un trou d’évent. C’est ce qui empêche l’air emprisonné de faire éclater la pièce.

Sans four, l’argile autodurcissante convient très bien : elle demande simplement d’être protégée de l’humidité, et de ne jamais être lavée.

Les pièges

  • Trop de détail trop tôt. On sculpte un visage avant d’avoir une silhouette qui tient. Masses d’abord, toujours.
  • Les bras écartés. Ils cassent. Systématiquement.
  • La base trop petite. Elle doit être plus large que l’instinct ne le dit, et parfaitement plate.
  • Le séchage accéléré. Un radiateur, un sèche-cheveux, et la pièce se fend en deux jours.
  • Une seule pièce à la fois. Modelez trois exemplaires du même personnage : le troisième est toujours nettement meilleur que le premier, et vous garderez celui-là.
  • Vouloir égaler l’atelier. Un santonnier a des années de gestes derrière lui. Vos premiers santons seront gauches, et ils seront à vous — ce qui, dans une crèche de famille, vaut davantage.